20/06/2011

Du Vice à l'Ordre !

Téléchargez ci-après cet édito ainsi que l'intégralité du Programme de la Revue de l'UJA 2011 (Juin 2011). 

Pour plus d'informations sur l'Union des Jeunes Avocats de Paris (UJA): www.uja.fr 

L'introduction du Vice-bâtonnat aura constitué l'innovation majeure de ces deux dernières années, au point d'éclipser les autres réalisations d'importance du mandat de Jean CASTELAIN, débarqué en campagne avec ce que beaucoup qualifiaient de gadget électoral et qui aura réussi à en faire une institution désormais incontournable, reprise par tous les candidats comme devenue une évidence même. 

La dernière campagne, justement, pour ceux qui l'ont vécue de l'intérieur, aura laissé quelques raisons de s'interroger sur l'oubli parfois caractérisé, de part et d'autres, de ce qui constitue l'essence même de notre Profession et deux de ses principes essentiels : la modération et la délicatesse. 

Un simple égarement temporaire, osons nous espérer. 

L'avenir nous le dira. 

Syndicat majoritaire, jalousé, courtisé jusqu'à l'excès, et ce, parfois, avec d'autant plus de vice et de hargne que le candidat concerné n'appartient pas à notre grande (et belle) famille, l'UJA de Paris s'est fait un devoir, au plus fort de la tempête et des bourrasques, de garder son indépendance en toute circonstance, ce compris face à la dangereuse tentation du repliement sur soi venue de l'extérieur du Barreau de Paris, et de s'attacher à faire passer ses idées et ses projets, sans états d'âme, ni parti pris, suscitant parfois l'incompréhension manifeste chez certains, mais c'est ce qui fait sa force et lui permet d'incarner le permanence de l'action et de la réflexion des jeunes avocat depuis 1922. 

L'avenir justement ... 

Cette année aura été riche, très riche, trop riche même, non pour la rémunération des missions d'Aide Juridictionnelle malheureusement, mais pour tout ce qu'elle a emporté dans le vent et récolté dans le tempo de réformes (encore timides) mais d'avancées (quand même) pour notre Profession : acte d'avocat, réforme (insuffisante) de la garde à vue, question prioritaire de constitutionnalité, congé maternité de 16 semaines et de 10 semaines en cas d'adoption (en attendant les 16 semaines), congé paternité, allongement du préavis, limitation de la durée des périodes d'essai, interprofessionnalité capitalistique avec les experts-comptables, avocat mandataire sportif, fiducie, institutionnalisation du vice-bâtonnat, règlement des litiges entre avocats, réforme de la procédure disciplinaire ... 

Pendant ce temps, la Cour de Cassation, jouant du coude avec le Conseil Constitutionnel, et saisie d'un vent de folie, en a fini par découvrir les vertus du visa « Vu l'article 6 § 3 de la Convention européenne des droits de l'homme », et la plénitude des effets de celui-ci ... 

Tout cela, ne manque pas de constituer un véritable inventaire à la Prévert, pour le moins désordonné, dans lequel il faudra à court terme, s'atteler sérieusement à y mettre un peu d'Ordre ... et ce, en premier lieu, dans le cadre d'une vrai réforme des professions juridiques et judicaires, et de l'élaboration d'un Code cohérent de l'ensemble des Professions Juridiques et Judicaires, finalisant et concrétisant la création de la Grande Profession d'Avocat appelée de longue date de ses voeux par l'UJA de Paris. 

Nulle incantation ici, mais un vrai espoir d'avenir, cet avenir qui vous appartient, face auquel ni les notaires dont la prétendue spécificité d'autorité publique est devenue lettre morte depuis l'Arrêt de la CJUE du 24 Mai dernier, ni les opposants forcenés et à court d'argument à l'exercice de la Profession d'Avocat en entreprise, ne sauraient raisonnablement s'opposer. 

Le malheur de la jeunesse, et tout particulièrement de celle du Barreau de Paris qui concentre plus de la moitié des jeunes avocats de France, est d'avoir le tort d'avoir raison trop tôt. 

Mais la voie est, elle, désormais ouverte... 

Cet avenir impliquera aussi la nécessaire refonte de la Formation Initiale et de la Gouvernance de notre Profession afin de lui donner tant les moyens et les capacités de se doter des compétences nécessaires à son développement, que la possibilité de s'affirmer et se représenter à son image : celle d'une Profession entrepreneuriale, moderne, forte, unie dans sa diversité, autour d'une même déontologie, et conquérante. 

Cette année aura aussi été riche en échanges, avec les jeunes avocats de Montréal, Bruxelles, Lausanne, Genève ou encore avec la Japan Fédération of Bar Associations, autant d'échanges fructueux et instructifs sur nos modèles respectifs et sur les apports du droit comparé dans le cadre de l'évolution actuelle de notre Profession. 

Une Profession au sein de laquelle notre Ordre de Paris aura su insuffler, au cours des deux ans de mandatures en cours, un nouvel élan vers cette modernité à laquelle il aspire dans la suite des avancées réalisées sous les Bâtonnats successifs de Francis TEITGEN et Paul-Albert IWEINS. 

Un Ordre qui tient toute sa place, tant dans la défense et la promotion de notre Profession, que dans l'organisation de nos activités (d'aucun diront nos métiers) dans leur diversité, que dans la régulation de celles-ci. 

Un Ordre au sein duquel les, désormais, 7 élus de l'UJA de Paris, accomplissent un formidable travail de tous les instants, largement reconnu par les nominations successives au poste de Secrétaire Général du Conseil d'Hélène BORNSTEIN et de Julie COUTURIER. 

Qu'il leur soit ici, à tous, sans exception, passés ou présents, rendus hommage. 

L'UJA de Paris est là pour assurer avec vigilance et efficacité son rôle de défense des intérêts des jeunes avocats, ceux qui sont l'avenir de notre Profession, de leur premier pas, notamment à travers les services de SOS Collaborateurs, plus que jamais sollicité et qui a fêté sa 10ème année d'existence, à leur évolution dans celle-ci. 

Elle le fait sans relâche, dans ce qui est un combat de tous les instants, qui demande une vigilance accrue lorsque les effets conjugués de la crise économique et d'une épidémie aigue de réforme, rendent l'exercice périlleux. 

Un travail qui ne saurait être possible sans l'investissement volontaire et bénévole des membres de notre Union, et notamment de notre Commission Permanente, dont je tiens ici à remercier tout particulièrement Annabel BOCCARA, Léonore BOCQUILLON, Sébastien BENA, Leila HAMZAOUI, Emmanuelle CLEMENT et Alexandra PERQUIN mais aussi la présence et la fidélité de nos anciens Présidents et Invités Permanents, et notamment de Paul-Albert IWEINS, Marie-Aimée PEYRON, Janine FRANCHESCHI-BARIANI, Henri d'ARMAGNAC, Loic DUSSEAU, Olivier GUILBAUD, Valentine COUDERT, Jean CASTELAIN, Jean-Christophe GUERRINI, Karine MIGNON-LOUVET, ainsi que Laurence BOYER ... et Aurelie BERTHET, entre autre, extraordinaire Directrice de cette 50ème Revue de l'UJA de Paris. 

L'UJA de Paris se doit, en outre, d'avoir une communication de qualité, par son site internet, et sa présence constante sur les réseaux sociaux (facebook, twitter ...) afin d'assurer un lieu d'échanges indispensables, et intergénérationnels, entre les avocats, pour les informer sur ses activités et sur l'actualité de la Profession mais également pour développer les plates-formes d'annonces. 

Toujours leader dans ce domaine, après avoir lancé, le 3 Juin 1998, le premier site internet de la Profession, qui avait pris la suite du minitel 3615 UJA datant de 1993 ..., l'UJA de Paris est heureuse et fier de la 3ème version de celui-ci lancée cette année et qui lui permet, plus que jamais, de s'affirmer comme la référence de la profession, tant en terme de visiteurs que de nombre de pages lues. On ne remerciera jamais trop assez ici, Fréderic AZNAR, et son Agence LEXITY, pour le formidable travail accompli depuis de nombreuses années dans ce domaine. 

Qu'il me soit permis ici, de remercier également mon Cabinet, et notamment l'associée avec laquelle je collabore depuis ma prestation de serment, et mon entrée à la Commission Permanente de l'UJA de Paris, en 2004, Laurence LAUTRETTE, ma co-bureau depuis cette même période, Magali DELTEIL, et notre assistante Aurélie ATTIA, sans la patience desquelles cette année n'aurait certainement pas eu lieu d'être. 

Et maintenant, je reprendrai ici le voeu émis, en son temps, par Marcel FOURNIER en 1936 : « Que notre UJA continue sa route toute droite ; qu'elle demeure toujours forte, toujours utile, toujours bienfaisante ; poursuivant le même idéal dans la même atmosphère d'amitié désintéressés et de solidarité professionnelle », ce que l'un de nos fondateurs, Izlak KADMI-COHEN décrivait comme : « le chemin de la sagesse hardie, de la vigilance tempérée, du véritable libéralisme s'exerçant en faveur des jeunes ». Avant de noter que : « C'est la loi de la vie qu'il y ait toujours de jeunes. Hélas, s'en est une autre qu'ils ne soient jamais les mêmes »

Désormais, et avant de nouvelles aventures, le temps est à la pause, libérons les tensions et les énergies accumulées pendant un an ... lâchons nous pendant 4 jours après plusieurs de mois de préparation ... la Troupe de cette 50ème Revue de l'UJA de Paris, en cette année de 50ème anniversaire de la Présidence de Jean-Claude WOOG (1960/1961), est désormais fin prête pour éclater sous le feu des projecteurs : elle va tout vous dévoiler et rien vous cacher, des petits comme des grands secrets de notre Profession, elle n'épargnera personne car elle est, elle aussi, sans concession. 

Le Président se meurt ... alors place à la fête, 

Vive la Revue 2011 ! 

Du Vice à l'Ordre ! 



10/06/2011

Inscription du congé maternité en cas d'adoption dans le Règlement Intérieur du Barreau de Paris

Conseil de l'Ordre de Paris du Mardi 7 Juin 2011 





Restait le cas du congé maternité en cas d'adoption, dont l'UJA de Paris sollicttait depuis 2007 son instauration et son alignement sur la durée du congé maternité en cas de naissance, soit à 16 semaines. 

Le Contrat type de Collaboration Libérale de l'UJA de Paris prévoit déjà depuis 2007 la possibilité pour la Collaboratrice libérale mère adoptante de prendre un tel congé maternité de 16 semaines, et l'inscription de celle-ci dans le Réglement Intérieur Nationale avait été exigée aux termes de la Motion Collaboration votée, sur un Rapport de l'UJA de Paris, au Congrès de Lyon en 2008 (en téléchargement ci-dessous). 

Grace au travail de ses élus au Conseil de l'Ordre, et notamment de Bruno MARGUET et Julie COUTURIER, l'inscription de ce congé maternité en cas d'adoption dans le Règlement Intérieur du Barreau de Paris est désormais une réalité. 

Lors de sa séance du 7 Juin 2011, la Conseil de l'Ordre de Paris a en effet adopté une modificaiton du Règlement Intérieur du Barreau de Paris afin de prévoir que : 

« Article 16-1 Maternité 

La collaboratrice libérale enceinte est en droit de suspendre sa collaboration pendant au moins seize semaines, à l'occasion de son accouchement, réparties selon son choix avant et après l'accouchement avec un minimum de dix semaines après l'accouchement. 

Au cours de la période de suspension de la collaboration, la collaboratrice percevra la totalité de sa « rémunération habituelle », sous déduction des seules indemnités journalières versées par le «RSI» et « La Prévoyance des Avocats - LPA ». 

Article 16-2 Adoption 

La collaboratrice libérale adoptant un enfant est en droit de suspendre sa collaboration pendant dix semaines, à partir de l'arrivée au foyer de l'enfant. 

Elle en avisera le Cabinet un mois avant le début de la suspension. 

Elle reçoit, pendant la période de suspension de 10 semaines, sa rétrocession d'honoraires habituelle sous déduction des indemnités versées dans le cadre des régimes de prévoyance collective du barreau ou individuelle obligatoire. 

Article 16-3 Paternité 

Le collaborateur libéral est en droit de suspendre sa collaboration pendant onze jours consécutifs, durée portée à dix-huit jours consécutifs en cas de naissances ou adoptions multiples, débutant dans les quatre mois suivant la naissance ou l‘arrivée au foyer de l'enfant. 

Il en avisera le cabinet avec lequel il collabore un mois avant le début de la suspension. 

Il reçoit pendant la période de suspension sa rétrocession d'honoraires habituelle, sous la seule déduction et jusqu'à due concurrence des indemnités journalières perçues dans le cadre du régime d'assurance maladie des professions libérales. » 

Une, nouvelle, belle Victoire, dont nous pouvons que remercier nos élus au Conseil de l'Ordre qui ont oeuvré en ce sens, et si elle est pour l'heure limitée à 10 semaines, nous oeuvrerons dans l'avenir à son alignement avec le congé maternité en cas de naissance à 16 semaines. 

L'UJA de Paris continue, plus que jamais, à oeuvrer pour la défenses des jeunes collaborateurs libéraux, notamment, en recherchant les moyens permettant à tous et chacun, et notamment aux collaboratrices libérales mères de famille, qui doivent encore faire face à de nombreuses difficultés, de concilier leur vie privé avec leur vie professionnelle. 

Dominique PIAU 
Président de l'UJA de Paris 


31/05/2011

Revue 2011 : Ceci n'est pas une affiche mais la billetterie est ouverte !





L'UJA de Paris présente : 

Du Vice à l'Ordre 

Sous la Présidence de Dominique PIAU & la Direction d'Aurélie BERTHET 

Du 21 au 24 juin 2011 à 20H30 (Le bar du théâtre, avec une restauration légère, est ouvert une heure avant et après les représentations des 21, 23 et 24, et une heure après la représentation du 22.) 

A l'Athénée Théâtre Louis-Jouvet. 
Square de l'Opéra Louis-Jouvet 
7 rue Boudreau 75009 Paris 
Métro : Madeleine ou Auber 
Parking : Edouard VII 

Location : 01 53 05 19 19 ou www.athenee-theatre.com ou FNAC et Ticketnet 

Réservation des groupes par téléphone uniquement au 01 53 05 19 19 

Tarifs : 

- Catégorie 1 : 
Plein tarif : 40 euro; 
Tarif réduit : 35 euro; (adhérents UJA, troupiers, élèves-avocats, groupes achetant au moins 6 places simultanément, demandeurs d'emploi, moins de 18 ans) 

- Catégorie 2 : 
Plein tarif : 30 euro; 
Tarif réduit : 25 euro; (adhérents UJA, troupiers, élèves-avocats, groupes achetant au moins 6 places simultanément, demandeurs d'emploi, moins de 18 ans) 

Location : 01 53 05 19 19 ou www.athenee-theatre.com ou FNAC et Ticketnet 
Réservation des groupes par téléphone uniquement au 01 53 05 19 19 

11/05/2011

50 ans de barreau et d'UJA vus par Jean-Claude WOOG

Discours en remerciement de Jean-Claude WOOG à l'occasion du 50ème anniversaire de sa Présidence 


Messieurs les Présidents, Mes chers amis, 

Ce fut pour nous une journée de bonheur incomparable. 

Une célébration, une invitation, c'est un acte qui me touche déjà en soi. 

Mais penser que, compte tenu de nos difficultés de déplacement, vous ayez tenu à organiser cette manifestation à côté de notre domicile, c'est là un acte de délicatesse peu commun. Une marque exceptionnelle de sollicitude. 

Dire que je suis arrivé au Palais à l'âge de vingt ans, si bien même que, sous la loi ancienne, j'étais mineur ! 

C'était l'époque où le professeur Henry Solus se demandait si l'on pouvait laisser prêter serment à un impétrant qui n'était pas encore majeur ! 

Le Palais, à coup sûr, m'impressionnait, pour un peu me faisait peur. 

Toutefois, j'y découvris rapidement un monde de chaleur amicale. 

Bien sûr, j'avais essuyé au premier tour du concours de la Conférence du stage un superbe échec. Je m'en étais consolé en me disant que Robert Badinter, lequel, déjà, ne manquait pas de quelque talent, était dans la même vague de reflux que celle qui me rejetait. 

Mais tout de même, quel échec ! Quelle insulte à mon orgueil ! Un acte de lèse-majesté dirigé contre ma vanité insolente. 

Dire que je m'étais refusé à préparer techniquement ce concours et que, même, je me refusais à serrer la main des secrétaires en exercice, qui constituaient le jury devant lequel je comparaîtrais ! Oh non ! Je ne voulais pas qu'on puisse m'accuser de si viles manoeuvres. Je tenais trop à ma pureté. 

Alors, un jour, pour faire quelque chose, et sur la suggestion d'un de mes amis, je me présentai à la Commission d'Études de l'UJA. Je ne savais pas très bien ce que c'était, je l'avoue, mais qu'importe, c'était là une manière d'appartenir à ce mouvement du Palais qui me fascinait. 

J'y ai aussitôt été très heureux et j'y ai acquis cette jeunesse perpétuelle qui me permet de rester avec les écoles d'avocats et l'UJA dans une chaîne de continuité sans âge. 

Aussitôt, je fus placé sous l'égide de deux présidents qui me guidèrent, Charles-André Depondt, dont le fils est parmi nous, puis Albert Zurfluh, dont le fils Jean-Philippe Zurfluh est autant humain, qui me fit découvrir toutes les joies premières de notre mission. 

Il fallait, dans la tradition, observer les bons préceptes, mais aussi, en même temps, combattre des archaïsmes dont voici quelques exemples. 

Nous nous trouvions à une époque, c'est à peine croyable, où l'on ne pouvait adresser à la partie adverse autre chose qu'une vague lettre d'usage pour lui demander le nom de son avocat. Pas question de mises en demeure ! Voyons, de la pudeur, de la réserve ! 

* Le maniement des fonds : interdit. En conséquence, la CARPA ignorée, bien entendu. 
* L'assurance de la responsabilité professionnelle, on ne la connaissait pas. 
* Les relations avec l'administration : interdites. 
* Les groupements, les associations : interdits. 
* Les sociétés professionnelles : inconnues. 
* La formation professionnelle : inexistante. 
* La spécialisation professionnelle : à très faible dimension, non reconnue en tous cas. 
* L'assistance judiciaire vraiment gratuite, précédant l'aide juridictionnelle rémunérée, même si souvent il s'agit un peu d'une aumône. 
* Commissions d'office : rémunérations équivoques. 

Il y avait aussi les patrons. Certains ne payaient pas leurs collaborateurs ou les transformaient en dactylos. D'autres considéraient que la gloire de travailler avec eux était une marque suffisante de rémunération. Déjà, ils payaient mal et même, parfois, lorsqu'ils étaient quelque peu connus, ils estimaient concéder un honneur à leurs collaborateurs en leur permettant d'exercer leur activité auprès d'eux. 

Je sais gré à mon regretté patron, Théodore Valensi, le grand-père d'Alain Valensi, d'avoir été pour moi un modèle extraordinaire. Bien sûr, il parlait volontiers, en s'échauffant, des sociétés anonymes à responsabilité limitée. Quand je lui proposais de faire, selon son langage préféré, un distinguo, il me répondait : «Petit tu dramatises tout, tu compliques tout.» . Chez lui, pas un Code, par un livre de droit, et même quand je lisais la Gazette du Palais, il s'écriait « Tu as de mauvaises fréquentations». Fort heureusement Jean Moore n'eut jamais connaissance de cette 
recommandation funeste ! 

Néanmoins, donnons acte à Théodore Valensi d'une certaine rigueur : en effet, le seul ouvrage qu'il avait à portée de sa main était une grammaire Larousse de la langue française. 

Ah ! J'allais oublier de relever une observation apparemment insignifiante. Dans le désordre bouillonnant de ma cervelle de vingt ans, je ne devais pas toujours briller. Il me rappelait alors affectueusement à l'ordre pour souligner mon inefficacité : « Petit, quel argument en tires tu ? ». Observation tristement banale que Flaubert aurait pu placer dans le dialogue entre Bouvard et Pécuchet ou comme modèle à inclure dans le Dictionnaire des idées reçues. 

Or, tout au contraire, cette phrase symbolise la plus grande partie des démarches de l'exercice professionnel, de la rédaction, du contrat, de tous les moments utiles de la vie quotidienne. 

Comment donc ne pas y avoir porté attention plus tôt ? Elle contient tout ce qui commente notre activité courante, qu'il s'agisse de déterminer le but et les étapes envisagées pour y parvenir ainsi que la stratégie et la déduction. 

Même s'il ne me payait pas, il avait tout de même dans sa conscience, l'obligation morale de ne pas me faire travailler gratuitement et j'en sais gré à sa délicatesse, ce qui n'est nullement ironique. 

Il disait à certains clients quelque peu huppés : « Donnez donc quelque chose à mon collaborateur. »Moi, tout penaud, j'acceptais avec hésitation. Le client me versait alors une somme modeste et notre cher Théodore prononçait ensuite cette phrase superbe : «Petit, garde la moitié. ». Est-ce que ce fut là une partie de mon inspiration pour ma carrière à l'UJA ? 

Il fallait mettre de l'ordre dans tout cela et aussi nous montrer sérieux. 

C'est le moment où Jean-Pierre Sloan, mon condisciple au collège de Cusset-Vichy en 1940, était collaborateur de notre confrère Henry Torrès. Il me faut d'ailleurs ouvrir une parenthèse sur ce collège. La classe de 4ème A comportait, en dehors de nous, plusieurs autres génies, notamment Léon Dreyfuss et Francis Kaplan, devenus respectivement professeur de psychiatrie et professeur de philosophie. 

Un psychanalyste et un philosophe ne sont elles pas les meilleurs références ? 

Il rencontra auprès de lui Robert Badinter, qui l'entraîna vers le doctorat. A son tour, Jean Pierre Sloan m'engagea vers une carrière universitaire. 

Mais, faisait observer à l'époque le regretté Georges Poulle, la permanence du sérieux est la triste nécessité des médiocres. Alors, il nous a fallu nous montrer gais. La gaieté, ce n'est pas le fait de s'esclaffer d'un rire stupide après plusieurs plaisanteries que nous avons imaginées et dont nous sommes parfois les seuls à rire. 

Mais qu'était-ce donc que cette profession ? 

Un de mes proches, très théâtral de sa vocation et de son état, m'avait dit : « tu vas donc jouer la comédie ». 

Pris dans le sillage de nos études déontologiques, commencées à l'époque dès le CAPA, je m'insurgeai contre une telle imputation que je considérais comme infamante pour ma profession qui, à mes yeux, devait refléter la clarté, la probité, le naturel. 

J'ai dû à l'époque feuilleter Diderot, qui écrivait à propos du Paradoxe sur le comédien : « L'homme sensible obéit aux impulsions de la nature et ne rend précisément que le cri de son coeur. Le grand comédien au contraire, observe les phénomènes. L'homme sensible lui sert de modèle. Il le médite et trouve ce qu'il faudrait ajouter ou retrancher pour le mieux ». 

Et que dire de l'espérance dans les applaudissements frénétiques des spectateurs ? 

Chaque jeune avocat espère bien, un jour, devenir un grand avocat. 

Alors il établit le parallèle avec le grand comédien et se prête à ce jeu qui faisait dire à un auteur du XVIII° siècle sans doute : « Qu'on me blâme ou qu'on me loue, il n'importe fort peu. La seule règle du jeu, c'est que l'on joue ». Phrase si chère au Bâtonnier Gérard Savreux 

En outre, il apprendra l'importance du rôle que joue l'humour dans notre vie professionnelle. L'humour, souvent parodie du moi, permet de panser les plaies, les blessures narcissiques, celles qui sont parfois les plus dangereuses et qui ont le plus de difficultés à guérir. 

Alors, je me suis inspiré d'expériences antérieures qui avaient été effectuées, notamment celles du Palais Circus. Le fait est que, cinquante ans après, je crois que c'est ce que j'ai encore fait de mieux dans ma vie professionnelle. 

Mais je n'aurais pas réussi dans cette voie si je n'avais par été entouré d'une foule d'amis pleins de foi et de talent. 

Robert Akaoui jouait les personnages faussement et perpétuellement tristes. On lui prêtait un certain nombre d'aventures judiciaires bien connues. 

C'est ainsi que, ayant plaidé devant le Conseil de prud'hommes, il entendit, à la reprise de l'audience, condamner son client par cette juridiction au motif suivant : « Le fait pour un salarié de dire à son employeur : « Votre papier, vous pouvez vous le foutre au cul » « n'est pas constitutif d'une faute grave.» 

Soit. Une décision de justice exige le respect, n'est-il pas vrai ? 

Mais, ce qui était tout même moins conforme aux bons usages, le Président s'empressa d'ajouter : « En toute hypothèse, notre jugement est rendu en dernier ressort et vous ne pourrez pas en faire appel ». 

Ce commentaire fut suivi d'un ricanement strident et victorieux, lequel n'est peut-être pas protégé par une quelconque immunité et Robert Akaoui de répondre : « Cela n'a pas d'importance, Monsieur le Président, parce que, votre jugement, vous pouvez vous le foutre au cul ». 

Les historiens de la profession sont divisés sur le fait de savoir ce qui arriva ensuite à Robert Akaoui. Quoi qu'il en soit, il a sûrement fait école, puisque ses enfants, Pierre-Robert et Hélène, sont nos confrères et que l'un deux est même comme Robert membre du Conseil de l'Ordre. 

Geneviève Augendre n'était pas encore Madame la Présidente du Comité d'Ethique, Madame le Président de Droit et Commerce, et surtout Madame le Président de l'APA, Association Professionnelle de l'Arbitrage, où elle sévit depuis plusieurs années, à la suite de notre maître à tous, le Bâtonnier Francis Mollet-Vieville. 

Je me suis toujours interrogé sur son comportement, quelque peu austère et cependant si attachant. Un témoignage, le mien. Lorsqu'il m'arrivait de lui tenir quelques propos galants, elle interrompait au moment le plus pathétique ma belle envolée en me disant : « A propos, comment va Renée ? ». Je ne vous conseille pas de tenter ce genre d'expérience délétère pour notre amour-propre. 

Pierre Cousi a fait mieux, parce que, en définitive, après son passage au Conseil de l'Ordre, il n'a jamais quitté ni l'Ordre ni le Palais. Il avait hésité entre la carrière du Barreau et celle de l'Opéra. Il aurait pu réussir aussi bien l'une que l'autre. Il chante pour les avocats honoraires quelques grandes oeuvres et notamment des opérettes d'Offenbach. 

Ces grandes réussites ne m'empêchent pas de penser, ô combien souvent, à ceux qui nous ont quittés, notamment Jean-Paul Clément, Pierre-André Renaud et Jacques Albou. 

Jean-Paul Clément a été ensuite Président de l'UJA, Président de la FNUJA et membre du Conseil de l'Ordre, assisté par son épouse Anne-Marie. 

Pierre-André Renaud a fait également une grande carrière dans le même sillage, son fils Philippe Renaud est parmi nous. 

Je pense souvent à eux parce qu'ils ont montré la continuité du talent et du dévouement, de l'intelligence et de l'amitié, toujours au service des autres. 

Notre pensée va aussi vers Anne-Marie Dupuch-Valluet qui, avec son époux Bruno Valluet, a assisté Jean-Paul Clément dans ses oeuvres et à Philippe Renaud, fils de Pierre-André. 

J'y ajouterai la fidélité de Pierre et Renée Gavois. 

Ce patrimoine du souvenir, c'est l'un des plus beaux parce qu'il démontre cette permanence. 

Didier Cayol et Philippe Jacob ont continué de veiller sur nous. 

Je ne peux terminer cet hommage sans remercier tous ceux qui sont venus participer à notre joie, notamment Bruno Marguet, Didier Dalin, Paul-Albert Iweins, Président du Conseil National des Barreaux, Marie-Aimée Peyron, redoutable vice-présidente du Conseil National des Barreaux, Loïc Dusseau, Jean-Pierre Léon, François-Xavier Matteoli, Olivier Guilbaud, Denis Delcourt-Poudenx, Michèle Krief, Patricia Savin, Valentine Coudert, Alexandra Perquin, Michel Gout, Béatrice Weiss-Gout, Jean-Louis Cocusse, Philippe Jacob, Olivier Bernheim, Alain Ménard, Dominique Piau, Jeanine Franceschi-Bariani, Bruno Valluet, Emmanuelle Attias, Antoine Fourment, Philippe Sarfati, Philip Cohen, Philippe Pavie, Julie Couturier, dynamique Secrétaire Général du Conseil de l'Ordre pour 2011. 

Que d'anciens Bâtonniers et de membres du Conseil de l'Ordre ! Que de présidents ! Que d'éminents spécialistes aussi ! Que de talents ! 

Tout cela, mes amis, pour vous mais aussi par vous. 

Ma reconnaissance s'adresse plus encore au Président Dominique Piau et aux organisateurs, Olivier Bureth, Soliman Le Bigot, aux dispositions si étendues et si profondes, autour de Loïc Dusseau, Membre du Conseil de l'Ordre puis Membre du Conseil National des Barreaux que je rencontre régulièrement à la Commission de la formation et, naturellement, le plus grand de tous, à savoir le Bâtonnier-Président Paul-Albert Iweins. 

Des amis prêts sans cesse à agir, des amis compétents, pleins d'esprit et toujours disponibles dans leur passion ! 

En outre notre émotion, déjà intense, a été accrue par la réception de trois cadeaux. 

Il est vrai que le bronze du Penseur de Rodin se veut peut-être un rappel du projet initial représentant Dante aux portes de l'enfer, mais aussi une remontrance aussi élégante que discrète pour me reprocher l'insuffisance de ma pensée. C'est bien pourquoi je le contemple à chaque instant. 

Enfin, mon hommage, et il aurait dû être le premier, doit se diriger vers Renée. 

Depuis soixante ans, nous avons, elle et moi, cheminé ensemble dans cette voie passionnante, qui devait être aussi parfois une sorte de parcours du combattant. C'est elle qui a géré mon existence et qui m'a permis d'accomplir des choses que je n'aurais pas pu faire si je ne l'avais pas eue sans cesse auprès de moi, pour me comprendre, pour m'aider, pour m'encourager, notamment les jours d'inquiétude et de désespoir. Et Dieu sait si l'on en rencontre ! 

Ce que j'ai réussi à faire, c'est à elle que je le dois en premier lieu. A l'époque, je n'aimais pas tellement qu'elle me le rappelât. Cela pouvait atteindre mon déplorable ego. Mais maintenant, j'éprouve un véritable bonheur dans le fait de le célébrer avec même peut-être trop d'insistance. Il nous faut bien parfois libérer notre conscience et se retrouver en paix. 

Nous sommes fiers de nos enfants. 

Agnès, naturellement, a fait son droit, puis fut reçue ingénieur des Travaux Publics. 

Après quoi, elle a préféré se consacrer à sa passion. Agrégée d'hébreu, elle enseigne à l'Ecole des langues orientales. 

Stéphane est avocat et professeur à HEC. Je ne puis porter de jugement sur lui. Toute comparaison tournerait à mon désavantage et achèverait de ruiner mon pauvre ego, déjà si fragile. 

Son épouse, Ewgenia, originaire de Saint Petersburg, est une ancienne élève de l'ENA. 

Mais je ne saurais davantage m'égarer sur ma propre histoire. Revenons donc à la Revue de l'UJA. 

Allons ! La preuve en était donc bien rapportée, l'UJA était faite de beaux parleurs. Mais les propos acerbes abondaient, comme toujours, au Palais, en état de veille. 

Les critiques pouvaient en profiter pour affirmer qu'il s'agissait de gens capables de bavarder, rien de plus. 

C'est alors que vint l'heure des grandes réformes, tout d'abord de celle qui, à la suite du rapport Rueff-Armand, tendait à la fusion des professions d'avocat et d'avoué puis celle de l'unification des professions juridiques et judiciaires. 

La réforme de 1971 remplissait le Palais d'anxiété. 

J'ai eu à ce moment là l'impression d'appartenir au clan des bavards du livre Noir. Afin de me disculper, j'ai eu conscience de faire un pari. Nous construirions cette réforme. Ce fut l'heure du livre dit Livre Noir, ainsi nommé car sa couverture était noire. On s'y mit en janvier 1972. En juin, grâce à une équipe merveilleuse, il était prêt. 

Après quoi le Bâtonnier Bernard Baudelot, qui avait réussi cette réforme, s'unit au Bâtonnier Albert Brunois pour mettre en place l'enseignement professionnel. 

Hommage en passant à ces bâtonniers exceptionnels, pour avoir ainsi instauré l'enseignement professionnel. Ce fut l'heure de l'Institut du Barreau de Paris (I.B.P), du C.R.F.P.A, de l'E.F.B. 

Nous avons tenté de rapporter la preuve que l'UJA, ce n'était pas seulement le verbe. C'était aussi l'action. 

Jean-Claude WOOG 
Président d'honneur de l'UJA de Paris (1960/1961) et de la FNUJA